Une thérapie cognitive allège l’anxiété chez les enfants autistes
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ARRI Vol. 21, No 1, 2007

 

Selon une récente étude, la thérapie comportementale cognitive (CBT) peut alléger de manière très sensible l'anxiété chez l'enfant autiste de haut niveau.

L'anxiété est un symptôme classique et handicapant de l'autisme, si l'on en croit les études indiquant que de 47 à 84 % des enfants autistes présentent également des troubles de l'anxiété. La thérapie comportementale cognitive est couramment utilisée pour traiter l'anxiété chez l'enfant, mais son intérêt chez les enfants atteints d'autisme a peu été évalué.

Anne-Marie Chalfant et al. ont recruté 47 enfants autistes de 8 à 13 ans dans le cadre d'une étude portant sur les effets de la thérapie CBT. Treize des participants présentaient un diagnostic d'autisme de haut niveau, et 34 un syndrome d'Asperger. Tous ces enfants manifestaient de bonnes compétences sur le plan du langage, et un QI de limite à supérieur. "Tous les participants", précisent les chercheurs, "exprimaient fréquemment des peurs ou des inquiétudes irrationnelles perturbant leur vie au quotidien au détriment de préoccupations plus rationnelles.

Les participants ont été répartis de manière aléatoire entre un groupe de traitement et une liste d'attente. Ceux inclus dans le groupe de traitement ont suivi 12 séances de thérapie comportementale cognitive de deux heures. Parents, enseignants, médecins, ainsi que les enfants eux-mêmes, évaluaient les niveaux d'anxiété des participants avant et après le traitement. Les chercheurs ont utilisé un programme CBT conçu pour les enfants ("Cool Kids"), mais adapté aux modes d'apprentissage visuels et concrets des enfants présentant un TED. Ainsi, les chercheurs ont privilégié les indices visuels et les feuilles de travail structurées, et plus particulièrement mis l'accent sur des techniques de relaxation et "d'exposition" (confrontation des enfants à des facteurs de stress dans un contexte protégé) que sur des activités faisant appel à la communication.

À l'issue du traitement, les évaluations cliniques ont montré que 20 des 28 enfants ayant suivi la thérapie ne répondaient plus aux principaux critères de l'anxiété. L'ensemble des enfants du groupe en attente continuait en revanche de présenter des symptômes d'anxiété nets. A l'issue de la thérapie, enfants, parents et enseignants ont tous noté une diminution sensible des symptômes chez les enfants traités.

Les chercheurs constatent également chez les enfants ayant suivi la thérapie comportementale cognitive de meilleures capacités de "théorie de l'esprit" que ne l'aurait laissé prévoir le diagnostic de TED ("la théorie de l'esprit" est cette aptitude qui consiste à comprendre que chaque être est doté de pensées et de sentiments propres). Dans cette étude, indiquent Chalfant et al., "les enfants n'avaient pas besoin de recourir à leurs compétences de communication expressive, mais il devaient identifier les pensées perturbantes chez eux comme chez autrui, identifier des états émotionnels, comprendre et expliquer l'incidence de certaines pensées sur les émotions, et privilégier des pensées utiles et courageuses afin de modifier leurs émotions". "Il est donc pertinent", ont indiqué les chercheurs, "de considérer qu'ils ont indirectement fait preuve d'aptitudes de l'ordre de la théorie de l'esprit".

Les chercheurs soulignent la nécessité d'un suivi afin de savoir si l'intérêt de cette thérapie s'inscrit dans la durée, mais ils concluent d'ores et déjà que "la thérapie comportementale cognitive pourrait constituer un modèle de traitement efficace pour les troubles de l'anxiété, courants chez l'enfant autiste de haut niveau".

Une autre équipe de thérapeutes qui recourt à cette thérapie pour améliorer les compétences sociales d'enfants présentant un syndrome d'Asperger, fait également état de bons résultats. Robert Nida et al. recourent à une thérapie connue sous le nom de "Connections Research and Treatment Program", programme destiné à améliorer tant les compétences sociales que la communication.

Ce programme s'étend sur six semaines, à raison de six heures par jour, cinq jours par semaine. Il inclut des instructions, une modélisation, des jeux de rôles et un feed-back, suivis d'occasions, pour les participants, de pratiquer leurs compétences.

Nida et al. signalent que tant les évaluations des parents que celles de l'équipe témoignent d'une amélioration significative des compétences sociales à l'issue du programme, et que ces compétences tendent à se généraliser à d'autres contextes.


"Treating anxiety disorders in children with high functioning autism spectrum disorders: A controlled trial" (traitement du trouble de l'anxiété chez l'enfant autiste de haut niveaux : essai contrôlé), Anne-Marie Chalfant, Ron Rapee et Louisa Carroll, Journal of Autism and Developmental Disorders, 15 décembre 2006. Adresse : A. M. Chalfant, Annie's Centre, P. O. Box 456, Randwick, NSW 2031, Australie, [email protected].

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"New Program for Asperger's" (nouveau programme pour le syndrome d'Asperger)", Psych Central, 16 janvier 2007.