Puberté, agressivité et épilepsie
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ARRI Vol. 19, No 1, 2005

 

La puberté s'accompagne souvent chez l'enfant autiste d'un début de crises d'épilepsie ou d'un renforcement de l'activité épileptique, voire des comportements agressifs. Ces difficultés ont été évoquées à de nombreuses reprises dans les colonnes de l'Autism Research Review International. Les précédentes publications de l'ARRI, volumes 1 à 18, 1987 à 2004, sont indexées et accessibles gratuitement à l'adresse www.ARRInewsletter.com ou peuvent être commandées auprès de l'ARI (voir sur le site le formulaire d'abonnement). Nous invitons les lecteurs à se reporter aux articles précédemment publiés sur le thème de la puberté, des crises d'épilepsie et de l'agressivité, ainsi que sur la question de l'automutilation, pour obtenir des informations beaucoup plus complètes que celles présentées ici.

 

Cet article se propose simplement de fournir une vue d'ensemble des problèmes, ainsi que d'évoquer des points jusque là trop peu abordés, voire complètement négligés, et qui méritent votre attention.

Dans une grande majorité des cas, les comportements agressifs ou automutilateurs sont induits par des douleurs physiques. Rappelons pour exemple le cas de cet adulte qui s'automutilait gravement depuis plusieurs dizaines d'années et qui s'était finalement avéré souffrir d'une douloureuse mastoïdite chronique. Depuis quelques années, l'autisme régressif qui caractérise massivement l'épidémie actuelle d'autisme, est souvent assorti de douleurs abdominales intenses, souvent accompagnées de constipation, de diarrhées, voire des deux. Les gastro-entérologues Andrew Wakefield, Tim Buie, Arthur Krigsman, ainsi que d'autres intervenants de nos congrès Defeat Autism Now! ont abordé ces questions de manière détaillée.

Un pédiatre gastro-entérologue peut effectuer une coloscopie pour déterminer si le patient nécessite un traitement. Le Dr Tim Buie et al. du Massachusetts General Hospital et de la Harvard Medical School ont mis au point un protocole thérapeutique efficace, relayé par l'Autism Treatment Network, qui regroupe d'autres facultés de médecine américaines afin de mettre en �uvre cette approche thérapeutique des troubles gastro-intestinaux.

Des migraines ainsi que les douleurs occasionnées par une hyperacousie peuvent également déclencher des comportements agressifs ou automutilateurs. Les allergies alimentaires constituent une cause fréquente de migraines et de crises d'épilepsie. Il peut être utile de consigner par écrit les aliments consommés afin d'identifier ceux susceptibles de déclencher des migraines ou des crises. L'éviction des aliments réputés allergisants peut également présenter un intérêt.

Dans une étude menée en 1989, Joseph Egger et al. constataient chez 40 patients sur 45 un soulagement de leurs migraines et crises d'épilepsie grâce à l'éviction de nombreux aliments. Les aliments qui se sont avérés les plus problématiques (et qu'il importe d'éliminer de l'alimentation du patient) étaient le lait de vache et le fromage, les agrumes, le blé, les colorants alimentaires artificiels et les exhausteurs de goût, les tomates, le porc et le chocolat.

L'hyperacousie, qui peut être douloureuse, est souvent exacerbée à la puberté. Le fait de se boucher les oreilles en présence de certains bruits est évidemment une piste. Cette hypersensibilité au bruit étant souvent imputable à des carences en magnésium, il est prioritaire de compléter l'alimentation par un apport de magnésium. L'irritabilité peut être également symptomatique d'une carence en magnésium. Je suggère pour ma part de donner 8 mg de magnésium par kilo, soit 400 mg par jour pour une personne pesant 50 kilos. Le citrate de magnésium et le glycinate de magnésium sont les deux formes les mieux absorbées. Lors de l'achat de magnésium, il convient de lire soigneusement les étiquettes afin de s'assurer en particulier de la teneur en magnésium élémentaire contenu dans le comprimé ou la gélule. Pour être correctement absorbé, le magnésium doit être administré avec un complément de vitamine B.

Si cet apport en magnésium ne parvient pas à éliminer l'hypersensibilité au bruit en l'espace de quelques jours, le port de bouchons d'oreille peut s'avérer utile. L'intégration sensorielle de type Bérard est souvent efficace pour la désensibilisation au bruit ainsi que pour nombre d'autres difficultés communes aux enfants et adolescents autistes. Je ne conseille pas la méthode Tomatis, car contrairement à la méthode Bérard, cette approche n'est pas suffisamment validée. Pour plus d'informations sur les recherches menées autour de l'intégration sensorielle par la méthode Bérard, voir le site www.SAIT.org.

L'accentuation des crises d'épilepsie à la puberté est un phénomène bien connu mais dont les causes demeurent absolument incomprises. Il s'avère que la puberté s'accompagne d'une augmentation des besoins en vitamine B6, tant chez les garçons que les filles. De mon point de vue, la priorité absolue face à des comportements agressifs ou d'automutilation ou à des crises d'épilepsie consiste à augmenter les doses de B6 et de magnésium chez ceux qui en prennent déjà, et à mettre en place ce traitement chez ceux qui n'en prennent pas encore. Il en va de même pour la diméthylglycine (DMG), autre complément alimentaire efficace et parfaitement sûr. Dans un certain nombre de cas, des patients atteints d'une épilepsie grave alors qu'ils prenaient déjà quatre ou cinq anticonvulsifs ont connu une rémission complète grâce à un traitement de B6 et de magnésium, voire également de DMG.

Dans son ouvrage Nerves in Collision, le Dr Walter Alvares, connu pour la finesse de ses observations, signale que des "épilepsies non convulsives" (uniquement décelables à l'électroencéphalogramme) peuvent entraîner de soudaines explosions de violence. Il a observé que le remords était généralement courant alors qu'il est rare chez les personnes violentes présentant des tracés d'EEG normaux. La prise de faibles doses d'un anticonvulsif, le Dilantin, peut être dans ce cas indiquée en guise de traitement de fond.

Bien que l'on dispose de nombreux nouveaux anticonvulsifs (voir l'évaluation parentale de l'efficacité des traitements biomédicaux pour l'autisme à l'adresse www.Autism.com), le Dilantin peut être tout particulièrement utile. Dans notre première étude consacrée à la B6, les six enfants qui avaient le plus tiré profit de la vitamine B6 prenaient également du Dilantin.

Les doses élevées de vitamine B6 et de magnésium, dont à ce jour 21 études sur 22 ont démontré l'efficacité, sont encore plus efficaces chez les adolescents et les adultes que chez les enfants. La B6 et le magnésium sont sans commune mesure beaucoup plus sûrs que n'importe lequel des médicaments utilisés dans le traitement de l'autisme, y compris les anticonvulsifs. Voir l'article "Vitamin B6 in autism: The safety issue" (innocuité de la vitamine B6 dans le traitement de l'autisme) (ARRI 10/3/3), ainsi que dans la section française du site de l'ARI, l'article "Quelles sont les "doses" optimales de B6, de DMG et des autres compléments dans le traitement de l'autisme", initialement publié en anglais dans l'ARRI 11/4/3. Pour les résumer, nos conclusions quant aux doses de B6 et de DMG sont les suivantes : chaque sujet étant unique, la dose optimale varie énormément d'une personne à l'autre. Ces nutriments étant très sûrs, la technique des essais empiriques prend tout son sens. Si une dose moyenne de 16 mg par kilo et par jour semble le plus souvent indiquée, certains sujets auront besoin de beaucoup plus, et d'autres de beaucoup moins. Lisez ces articles ! La DMG est classifiée par la FDA comme un aliment et aucune toxicité n'a jamais été signalée. Lisez ces articles !

Une étude menée en 2004 à l'Emory University a révélé que les patients souffrant d'épilepsie chronique présentaient des niveaux abaissés d'acides gras essentiels DHA Les bilans des enfants autistes présentent souvent des carences en acides gras essentiels. Si votre enfant ne mange pas de saumon, donnez-lui des compléments d'acides gras essentiels !

Si les autres approches échouent, vous pouvez envisager la marijuana thérapeutique, qui s'est avérée sauver la vie, littéralement, à de nombreuses familles désespérées. Voir à ce sujet les éditions de l'ARI 12/2/7, 16/2/7, 16/3/7 et 17/1/2, 3, 4. À lire également, un nouvel ouvrage, "Jeffrey's Journey" (le voyage de Jeffrey).

Cette rapide vue d'ensemble ne pouvait qu'évoquer rapidement différents sujets déjà approfondis dans de précédentes éditions de l'ARRI, maintenant disponibles sur le site.