Éditorial : Qu’est-ce que le “biomédical” ?
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ARRI, Vol. 21, No 4, 2007

Éditorial : Qu'est-ce que le "biomédical" ?

Dr Sidney Baker

 

Le terme biomédical sous-entend que le principe fondamental de la biologie -- le caractère unique de chaque créature vivante -- est le premier aspect pris en compte dans la recherche des modalités thérapeutiques envisagées pour chaque patient. Trente-cinq années d'une telle pratique et le bon sens ont façonné deux questions qui guident systématiquement ma réflexion lorsque je recherche les meilleures modalités de traitement pour un patient donné :

existe-t-il un besoin particulier à couvrir chez ce patient ?
existe-t-il quelque chose à éviter ou à éliminer chez ce patient, tel qu'allergène ou substance toxique ?
Ces questions se posent tout naturellement lorsque que nous jetons les bases les plus simples de nos investigations en nous demandant "quel est le meilleur jalon initial à poser en termes de diagnostic et de traitement ?" (en d'autres termes, nous n'avons pas besoin dès le premier jour de décider d'un plan global, mais il nous faut répondre à cette toute première question : quelle est la meilleure étape de départ pour ce patient ?). Les questions qui consistent à se demander ce dont le patient a besoin et ce dont il faut l'aider à se débarrasser ou le préserver s'appliquent à chacune des étapes supplémentaires, et se posent de nouveau lorsque nous atteignons la question finale la plus difficile : "Avons-nous fait tout ce qui pouvait être entrepris pour ce patient ?"

Le biomédical est plus une manière de penser qu'un ensemble prédéfini de bilans et de traitements. La pensée biomédicale porte sur l'individu, dont l'historique fournit le grain à moudre qui donnera naissance aux options thérapeutiques. Il n'existe pas de protocole biomédical universel pour l'autisme. Mais il existe en revanche une approche biomédicale du traitement de chaque enfant souffrant d'un trouble du spectre autistique, de même que pour la prévention et le traitement des maladies chroniques en général. Poser les bonnes questions est plus important que poser la bonne étiquette ou le bon diagnostic. C'est le patient -- et non le "protocole" -- l'expert qui exprime son propre savoir-faire par ses réponses et ses réactions aux tests et aux traitements entrepris qui nous guideront au fil du traitement.

Si les options thérapeutiques naissent de l'historique de chaque enfant, de l'examen clinique et des tests de laboratoire, et non d'une étiquette, à quoi bon alors l'étiquette ou le regroupement diagnostic correspondant ? Les critères de diagnostic, relativement peu importants quand il y va de prendre des décisions thérapeutiques pour un enfant particulier, sont toutefois essentiels pour les recherches qui s'intéressent aux différences globales entre les enfants atteints d'autisme et les enfants témoins.

Quelles sont ces différences ? Parmi les nombreux tests de laboratoire et études clinique mettant en évidence des différences significatives entre les groupes d'enfants atteints d'autisme et les groupes d'enfants témoins, trois grandes constantes biochimiques se dégagent, qui nous donnent une base de compréhension des causes et des traitements appropriés pour de nombreux sujets, des sujets qui n'en diffèreront en termes de recoupement et d'articulation de ces trois grandes constantes et de réponse aux traitements entrepris. Ces différences d'un groupe à l'autre, auxquelles s'intéresse la recherche, sont multiples, et exigent notre attention de manière beaucoup plus soutenue que s'il s'agissait d'une proportion de 15 à 30 % (proportion à partir de laquelle les différences semblent suffisamment notables pour être réputées significatives). Les différences subtiles mais néanmoins significatives entre les enfants neurotypiques et les enfants autistes abondent et font le lit de ce que le Dr Boyd Haley PhD a qualifié de "déraillage biochimique" de l'autisme. Les quelques différences majeures entre les groupes d'enfants autistes et les groupes d'enfants neurotypiques nous donnent des éléments de compréhension des causes de ce déraillage et des manières de le prévenir. Elles devraient guider tant la recherche et les politiques de santé publiques que les questionnements biomédicaux à l'échelle individuelle.

Les trois domaines qui divergent de manière flagrante figurent dans le diagramme ci-dessous. Le chevauchement des trois cercles met en évidence une molécule particulière, le glutathion, dont le mécanisme chimique joue un rôle fondamental dans ces trois domaines. Les difficultés des enfants présentant un trouble autistique sur le plan de la détoxication, de l'inflammation et du stress oxydant, ont été étudiées, décrites, présentées et publiées, ne laissant aucun doute sur le rôle central que joue l'interconnexion de ces trois grands domaines dans la compréhension des origines et des modalités de traitement des difficultés de nos enfants.

Diagram:

Detoxication -> Détoxication
Oxidative stress -> Stress oxydant
GSH -> GSH
Inflammation -> Inflammation

Ce même diagramme vaut pour la chimie des grandes pathologies de nos sociétés industrialisées (maladies cardio-vasculaires, cancer, anomalies auto-immunes, dégénérescence intellectuelle, etc.). Il est plausible que l'autisme soit à rattacher à toutes les autres maladies des sociétés d'abondance, dans lesquelles une perturbation des équilibres écologiques induit différents cercles vicieux dans la chimie de l'inflammation, de la détoxication et de l'adaptation aux facteurs d'oxydation. Cette compréhension du contexte biochimique et écologique de l'épidémie d'autisme nous emmène bien loin des pratiques médicales actuelles de diagnostic et de traitement à coup de prescriptions à l'emporte-pièce en nous orientant vers une approche systémique qui considère chaque enfant comme un individu unique. C'est cette approche qui a à ce jour permis à des milliers d'enfants de récupérer de leur autisme.

En quoi l'approche biomédicale diffère-t-elle de l'approche médicale classique ? Le langage médical et la pensée médicale sont axés sur la maladie et commencent par regrouper les individus en fonction de leurs similarités en termes de signes, de symptômes et de bilans. Ils nous parlent "pathologies" qui "attaquent" leurs "victimes". C'est ainsi l'on décrit les maladies soudaines et ponctuelles qui caractérisaient la pratique médicale il y a encore un siècle. Il ne s'agit ici pas de chicaner sur la manière dont l'on parlera d'un rhume, de la rougeole ou d'une fracture de la clavicule. Donner un nom revient presque, dans ce cas, à exprimer tout ce que nous savons du processus d'affection ou traumatique à l'origine de la pathologie. Mais il en va autrement pour des maladies chroniques dont le mécanisme est obscur et le nom une description. Loin de moi l'idée que les étiquettes soient à proscrire -- nous sommes tous rassurés à l'idée de savoir "qu'ils savent ce qu'on a". Même un diagnostic lourd peut-être un soulagement face à l'incertitude. Pourtant, et ce tout particulièrement s'agissant d'enfants, l'étiquette et les perspectives associées à des étiquettes telles que celle de l'autisme ont été un désastre pour de nombreuses familles, car c'est l'étiquette même qui a exclu les interrogations biomédicales et coupé court à l'espoir et au désir d'intervenir, ces deux maillons essentiels de toute démarche clinique inspirée et de toute guérison.

J'ignore comment le terme biomédical est entré dans le vocabulaire de ceux d'entre nous qui ont démarré et alimenté le mouvement Defeat Autism Now! au sein de l'Autism Research Institute. Cette expression est généralement utilisée dans le cadre de l'ingénierie médicale, lorsque les capacités humaines sont prolongées par le recours à des dispositifs mécaniques ou électroniques. L'expression étant maintenant utilisée en relation avec l'autisme, elle a pour certains, à tort, la connotation de "médecine alternative". Il n'existe rien de tel qu'une "biochimie alternative" ou une "immunologie alternative", ces deux disciplines qui se recoupent dans le diagramme et constituent la base de notre approche clinique des enfants atteints d'autisme.

L'approche biomédicale des patients est ni plus ni moins la mise en pratique du bon sens sous la forme de questions prenant en compte le fait irréfutable de l'unicité biologique de chaque individu, stratégie d'adaptation la plus puissante de la nature. Le terme biomédical devrait évoquer le rejet du non-sens absolu d'au moins l'une des pratiques de la médecine classique actuelle qui consiste à prendre un groupe d'individus malades de manière similaire, à l'étiqueter avec des termes tels qu'autisme, colite, dépression, à puis à considérer que les symptômes sont induits par l'étiquette. Si les ingénieurs parlaient ainsi, les ponts s'écrouleraient à cause de la traduction en grec ou en latin de la "maladie du pont qui tombe" et seraient l'objet de la risée générale. Pourtant personne ne rit lorsque des professionnels nous disent que c'est "l'autisme" qui rend nos enfants mutiques, les font s'automutiler ou les rend physiquement malades. À notre sens, c'est un tort.

Traduit par é.t.i.c