ARRI Volume 21, No 2
Exposition anténatale au mercure : des conclusions divergentes
Deux nouvelles études tirent des conclusions diamétralement opposées quant au rôle possible de l'exposition anténatale au mercure dans l'étiologie de l'autisme.
Ces deux études se sont intéressées aux effets des immunoglobulines Rh administrées aux femmes rhésus négatif. Ces injections, pratiquées durant le troisième trimestre de la grossesse, évitent que le système immunitaire d'une mère rhésus négatif n'attaque les cellules sanguines de son fœtus rhésus positif au cours de la grossesse et des grossesses à venir. Jusqu'en 2001, la plupart des immunoglobulines contenaient du thimoséral, composé à près de 50 % de mercure. Selon l'association CoMeD, qui milite pour l'éviction du mercure dans les médicaments, l'injection de ces immunoglobulines "exposait les mères enceintes rhésus négatif à des doses répétées de 10,5 à 30 mcg de mercure à des périodes critiques pour le développement du fœtus". Certaines femmes recevaient plusieurs injections durant et après leur grossesse, l'exposition des enfants se poursuivant alors par le biais de l'allaitement.
Dans une récente étude sur les effets du thimoséral sur le fœtus, Judith Miles et al. ont examiné le dossier médical des 214 mères de 230 enfants porteurs d'un diagnostic d'autisme. Les chercheurs ont constaté une plus forte proportion de mères rhésus négatif au sein de cet échantillon que dans la population générale, que l'exposition anténatale aux immunoglobulines contenant du thimoséral n'était pas supérieure à celle de la population générale, et que les grossesses n'étaient pas plus susceptibles d'être rhésus-incompatibles. Miles et al. en ont donc conclu que "Cette étude confirme l'absence de relation de causalité entre le thimoséral et l'autisme infantile".
Une seconde étude produit toutefois des résultats très différents. David et Mark Geier ont étudié le dossier de 53 enfants avec autisme nés entre 1987 et 2001 et examinés dans un service de consultation génétique. Pour chacun de ces enfants, ils ont procédé à des examens d'imagerie et de laboratoire afin d'exclure les causes d'autisme identifiables. En guise de témoin, ils ont par ailleurs étudié l'occurrence du rhésus négatif chez 926 femmes enceintes de même groupe ethnique (caucasien non juif), au moyen des dossiers détenus par ce même service de consultation génétique.
Les chercheurs ont constaté que les enfants présentant un trouble du spectre autistique étaient deux fois plus susceptibles d'avoir une mère rhésus négatif que les enfants du groupe témoin. Chaque mère rhésus négatif d'enfant autiste avait reçu au moins une dose d'immunoglobuline contenant du thimoséral au cours de sa grossesse. Les chercheurs estiment que ces constatations "fournissent un éclairage sur la possible incidence de l'exposition anténatale au mercure chez certains enfants présentant un trouble du spectre autistique".
Geier et Geier notent que leurs résultats sont
cohérents avec ceux d'Amy Holmes et al., qui avaient révélé une plus forte
occurrence de rhésus négatif chez les mères d'enfants autistes – 46%
contre 9%. Cette étude de Holmes et al. réalisée en 2003 avait également révélé
que les mères d'enfants autistes avaient reçu pendant leur grossesse un plus
grand nombre d'injections que celles des enfants témoins.
Geier et Geier rappellent qu'à la fin des années 80 et au début des années 90, les médecins ont commencé à prescrire systématiquement des immunoglobulines à toutes les mères rhésus négatif – ce qui marquait un tournant par rapport aux pratiques précédentes qui consistaient jusque là à ne les pratiquer qu'après la naissance ou en cas de contact entre le sang de la mère et celui du fœtus (par exemple lors d'un traumatisme abdominal). Ce changement, notent-ils, coïncide avec "l'augmentation massive des troubles neurodéveloppementaux aux Etats-Unis".
Après avoir analysé cette étude de Geier et Geier, CoMeD a formulé la conclusion suivante : "Cette nouvelle étude démontre que l'injection d'immunoglobulines Rh contenant du thimoséral pendant la grossesse augmentait de manière significative les risques d'autisme… et réfute la précédente étude [de Miles et al.] financée par Johnson & Johnson", laboratoire fabriquant des immunoglobulines Rh(anti-D).
"Lack of association between Rh status, Rh immune globulin in pregnancy and autism" (de l'absence d'association entre le rhésus et les immunoglobulines au cours de la grossesse et l'autisme), J. H. Miles et T. N. Takahashi, American Journal of Medical Genetics A, 16 mai 2007. Adresse : Judith Miles, Division of Medical Genetics, University of Missouri Health Care, One Hospital Drive, Colombia, MO 65212, MilesJH@missouri.edu.
"Study finds no link between autism and thimerosal in vaccines" (une étude démontre l'absence de lien entre l'autisme et le thimoséral dans les vaccins), communiqué de l'université Missouri-Columbia, 16 mai 2007.
"A prospective study of thimerosal-containing Rho(D)-immune globulin administration as a risk factor for autistic disorders" (mise en perspective des injections d'immunoglobulines Rh(anti-D) contenant du thimoséral comme facteur de risque d'autisme), David Geier et Mark Geier, Journal of Maternal-Fetal and Neonatal Medicine, Vol. 20, No. 5, 2007, 385-90. Adresse : Mark Geier, The Genetic Centers of Americal, 14 Redgate Ct., Silver Spring, MD 20905, mgeier@erols.com.
Traduit par é.t.i.c
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