ARRI Volume 21, No 2
Effets à vie de l'exposition précoce aux substances chimiques environnementales : les scientifiques tirent la sonnette d'alarme
Un groupe international de scientifiques met en garde contre les risques graves pour le développement du fœtus de certaines substances chimiques industrielles largement répandues. A doses même infimes, ces substances sont à même d'entraîner anomalies du développement et retards mentaux, ainsi que des maladies telles que cancer et diabète.
Le Faroes Statement, document publié dans la foulée du congrès international des Iles Faroes consacré aux effets de la toxicité sur la programmation et le développement du fœtus, fait la synthèse des recherches présentées par quelque 200 experts. Ces derniers ont conclu que l'évaluation des risques posés par les substances chimiques environnementales doit prendre en compte l'extrême vulnérabilité du fœtus ainsi que de possibles effets épigénétiques. Ces effets perturbent la programmation des gènes sans en modifier la structure (par exemple en modifiant la méthylation, processus qui influe sur l'activation ou la désactivation des gènes).
"Ces changements épigénétiques peuvent induire des changements fonctionnels durables dans certains organes et tissus", ont précisé les chercheurs, "et rendre le terrain plus sujet à certaines maladies, y compris pour les générations suivantes".
Les auteurs de la déclaration de Faroes précisent que les enfants à naître sont particulièrement vulnérables pour les raisons suivantes :
n l'imprégnation en substances chimiques de l'organisme maternel est partagée avec l'enfant à naître, lequel se trouve ainsi exposé à des doses supérieures par rapport à sa masse corporelle,
n la vulnérabilité aux effets nocifs des substances chimiques est supérieure pendant le développement, c'est-à-dire de la période précédant la conception à l'adolescence comprise,
n l'exposition à des substances toxiques pendant le
développement peut entraîner des problèmes de santé à vie ; nombre de
substances ont un effet différé, ce qui signifie qu'une exposition très précoce
est plus susceptible d'entraîner des problèmes à long terme qu'une exposition à
l'âge adulte.
Les chercheurs demandent que soient menées des études complémentaires sur les effets des différentes substances chimiques sur le développement précoce, ainsi que sur les effets de différents cocktails de substances. Leur conclusion est la suivante : "le vieux principe de Paracelse, qui prévaut depuis plus de 400 ans, est que c'est "la dose" qui fait le poison, or pour des expositions soutenues pendant le développement précoce, c'est plutôt "le moment" qui fait le poison". Cette reformulation de la théorie exige un intérêt accru afin de protéger le fœtus et l'enfant contre des dangers prévisibles".
L'un des conférenciers, Bruce Lanphear, expert renommé en matière de toxicité du plomb, est l'un des scientifiques qui a signé le Faroes Statement. Il s'est exprimé en ces termes dans le Los Angeles Times : "diminuer l'exposition aurait des effets très notables ; nous ne pouvons pas attendre l'existence d'une réelle pandémie pour mettre au point des politiques de protection de l'enfant".
Philippe Landrigan, également expert en matière de toxicité du plomb, a souligné qu'il existe un fossé incroyable entre les connaissances des experts sur les effets des substances chimiques industrielles, car 80 % des quelque 80 000 substances chimiques autorisées aux Etats-Unis n'ont jamais fait l'objet du moindre contrôle pour savoir si elles étaient susceptibles de perturber le développement du fœtus ou de l'enfant.
Note de la rédaction : voir à ce propos l'article "Impact environnemental dans des pathologies telles que l'autisme".
Texte complet de la déclaration du comité scientifique du congrès international des Iles Faroes consacré au développement du fœtus et à l'impact neuro-développemental des substances chimiques, mai 2007, http://www.pptox.dk/Concensus/tabid/72/Default.aspx
"Common
chemicals pose danger for fetuses, scientists warn" (mise en garde des
scientifiques face aux risques posés pour le fœtus par des substances chimiques
répandues), Marla Cone, Los Angeles Times, 25 mai 2007.
Traduit par é.t.i.c
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