ARRI Vol. 19, No 2, 2005
L'incidence du stress oxydant dans les troubles du spectre autistique se confirme
Un stress oxydant se produit lorsqu'un trop grand nombre de molécules du corps perd des électrons (processus qualifié d'oxydation). L'altération structurelle et fonctionnelle de ces molécules se traduit par des lésions tissulaires. Les signes d'un stress oxydant, dont l'on pense qu'il résulte de facteurs environnementaux alliés à une susceptibilité génétique, inclut une augmentation des sous-produits de l'oxydation (parties de cellules oxydées dans les urines, le sang ou les tissus), une diminution des nutriments, des molécules et des enzymes "antioxydants" chargés de neutraliser les oxydants, ainsi que des niveaux élevés de toxines.
En 2004, (voir l'ARRI 18/4), Jill James et al. avaient démontré que les enfants autistes présentaient des niveaux abaissés de glutathion - molécule qui protège contre l'oxydation -, ceci entraînant un stress oxydant et rendant ces enfants extrêmement vulnérables face aux effets du mercure contenu dans ce conservateur qu'est le thimoséral. De nouvelles recherches, présentées à l'occasion de deux récents congrès, viennent clairement étayer l'hypothèse du lien autisme/stress oxydant. Parmi ces recherches il faut citer :
- les travaux de George Perry et Robert Salomon, qui mettent en évidence des lésions oxydantes des axones et dentrites des neurones du cerveau chez les sujets autistes ; ces chercheurs ont en particulier décelé la présence de carboxyéthylpyrolle, produit de l'oxydation des lipides, dans le cortex de sujets autistes, qui se distinguaient ainsi des sujets du groupe de contrôle ;
- la détection par Edith Lopez-Hurtado de niveaux élevés d'un autre marqueur du stress oxydant, la lipofuscine, dans trois zones du cerveau associées au langage - dont en particulier une zone chargée de la reconnaissance du langage ; cette constatation a pu être corrélée avec une nette diminution du nombre de neurones ;
- les études de Abha Chauhan et Xue Ming, qui ont décelé des niveaux élevés de sous-produits de l'oxydation lipidique chez les sujets autistes, et de John Green, qui a identifié des niveaux élevés de nitrotyrosine plasmatique, résultant probablement d'un excès d'oxyde nitrique oxydant ; ces dernières découvertes sont cohérentes avec les recherches menées par Sadik Sogut et Thayne Sweeten, qui ont permis de constater des niveaux élevés d'oxyde nitrique dans les globules rouges et le plasma d'enfants autistes ;
- une étude de Jill James, qui met en évidence une modification du métabolisme de la méthionine, qui produit la molécule antioxydante qu'est le glutathion, ainsi que les constatations de Ved Chauhana identifiant des niveaux abaissés de céruloplasmine et de transferrine (qui protègent contre les effets oxydants du cuivre et du fer) ;
- des études menées en Turquie, qui ont révélé que les sujets autistes présentent des niveaux abaissés pour les enzymes antioxydantes que sont la glutathion peroxydase, la catalase et la superoxyde dismutase ;
- une étude de Tapan Audhya, démontrant que les sujets autistes présentent des niveaux abaissés de nutriments antioxydants tels que le zinc, le sélénium, le magnésium, la vitamine B12, l'acide folique, la vitamine B3, la vitamine A, la vitamine C et la vitamine E ; des carences en zinc ont été également signalées par William Walsh et Joan Jory ;
- des recherches menées par Audhya, qui mettent en évidence une diminution de l'activité enzymatique (en particulier pour une enzyme favorisant la transformation de la vitamine B6 en une forme active, ainsi qu'une autre qui abaisse les niveaux d'acide glutamique chimique, potentiellement toxique) ; cet abaissement pourrait résulter du stress oxydant ;
- des signes "d'interaction réciproque" entre le stress oxydant, une faible production d'énergie, et "l'excitotoxicité" (surstimulation pouvant endommager, voire détruire des neurones) dans l'autisme ; tant les électroencéphalogrammes que les tests biochimiques mettent en évidence une diminution de l'énergie chez les enfants autistes, avec un métabolisme modifié du glutamate révélateur d'une excitotoxicité accrue.
Woody McGinnis, chercheur du Defeat Autism Now! et coordinateur de l'étude sur l'incidence du stress oxydant dans l'autisme, "Oxidative Stress in Autism", indique que cette thèse d'une interaction réciproque entre différents facteurs est cohérente avec les données montrant que de nombreux sujets autistes bénéficient des traitements antioxydants. "Des études en double aveugle avec groupes de contrôle placebo confirment l'efficacité des nutriments antioxydants sur les comportements autistiques", a-t-il déclaré. "Différentes études ont démontré l'incidence de doses élevées de vitamine C (8 g/70 kilos/jour) ou de carnosine (400 mg deux fois par jour) sur le comportement autistique chez l'enfant. D'autres études témoignent d'une amélioration du comportement autistique lorsque l'on associe fortes doses de vitamine B6 et magnésium. Tous ces nutriments exercent une fonction antioxydante importante". "En outre", note-t-il, "les parents signalent des améliorations sensibles chez les enfants qui prennent des antioxydants tels que le glutathion réduit ou la carnitine (qui diminue le stress oxydant en améliorant la production d'énergie de la mitochondrie).
McGinnis précise que, même si cela doit prendre des années pour comprendre pleinement le rôle du stress oxydant dans l'autisme, "aux vues des premiers résultats prometteurs obtenus grâce aux antioxydants et de l'innocuité des traitements nutrithérapeutiques, de plus en plus de parents décident d'essayer dès à présent l'approche nutritionnelle sans attendre que leur enfant soit beaucoup plus grand".
Les recherches évoquées dans cet article ont été présentées lors du congrès Oxydative Stress in Autism Symposium (OSAS) du 16 juin 2005 parrainé par l'Autism Research Institute et le New York State Institute for Basic Research in Developmental Disabilities (IBR), ainsi que lors du congrès national de l'Autism Society of America qui s'est tenu le 13-16 juin 2005 à Nashville, Tennessee (voir à ce propos l'intervention de Woody McGinnis en date du 15 juillet 2005 lors du congrès de l'ASA, (Oxidative stress in autism: What parents should know" (stress oxydant et autisme : ce que les parents devraient savoir).
Traduit par é.t.i.c
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