ARRI Vol. 22, No 3, 2008
Critique d'une étude contestant tout lien entre ROR et autisme
Une récente étude à petite échelle réfutant toute association entre le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) et l'autisme, se voit contestée par ses détracteurs qui en soulignent le caractère peu probant du fait de la composition de la cohorte retenue et de l'hypothèse posée en prémisse.
Mady Hornig et al. ont examiné la biopsie intestinale de 25 enfants cumulant autisme et problèmes gastro-intestinaux et de 13 enfants témoins uniquement atteints de problèmes gastro-intestinaux. Leur objectif était de déterminer si les premiers étaient plus susceptibles que ceux du groupe témoin d'abriter le virus de la rougeole dans leurs intestins ou de présenter une inflammation intestinale. Les chercheurs souhaitaient par ailleurs déterminer si les symptômes autistiques ou les problèmes gastro-intestinaux étaient apparus autour de la période de la vaccination ROR.
Avec une biopsie contenant le virus pour chacun des groupes, Mady Hornig et al. indiquent n'avoir constaté "aucune différence entre les deux groupes en termes de présence de l'ARN du virus de la rougeole". L'apparition des symptômes gastrointestinaux et autistiques étaient par ailleurs sans rapport avec le moment de la vaccination.
"On a pu émettre l'hypothèse que le virus de la rougeole contenu dans le vaccin ROR pouvait induire une inflammation gastrointestinale et augmenter la perméabilité des intestins à l'égard de substances chimiques neuroactives pouvant favoriser des neuropathologies développementales", ont-ils indiqué. "Si cette hypothèse était juste, l'immunisation par le ROR devrait être antérieure aux symptômes gastrointestinaux, et les symptômes associés au vaccin et aux troubles gastrointestinaux devraient précéder les symptômes autistiques. Or nous avons constaté pour les deux groupes une incohérence entre l'âge au moment de l'exposition au ROR et celui de l'apparition des problèmes gastrointestinaux d'une part, et la séquence d'administration du ROR, de l'apparition des problèmes gastrointestinaux et de l'apparition de l'autisme. Ces incohérences excluent l'hypothèse d'une quelconque incidence du ROR comme facteur déclencheur ou aggravant des problèmes gastrointestinaux ou de l'autisme".
Et les chercheurs de conclure : "Cette étude infirme sur la base d'éléments solides toute thèse d'une possible association entre l'autisme et la persistance de l'ARN du virus de la rougeole dans le système gastrointestinal ou l'exposition au vaccin ROR".
Des résultats tout à fait opposés à ceux d'une recherche menée en 2002 par Uhlmann et al., à l'issue de laquelle les chercheurs avaient noté la présence du virus de la rougeole dans 75 des 91 biopsies d'enfants autistes souffrant d'inflammation gastrointestinale, contre seulement 5 des 70 échantillons provenant d'enfants non autistes. Cette étude de 2002 portait sur des enfants autistes dont les symptômes gastrointestinaux et la régression autistique avaient fait suite à la vaccination ROR.
Les détracteurs de cette nouvelle étude en soulignent les anomalies tant sur le plan des critères d'inclusion que des prémisses même de l'étude. La National Autism Association note que l'étude a été conçue de manière à identifier la persistance du virus de la rougeole chez des enfants autistes souffrant de problèmes gastrointestinaux "en partant du principe que l'absence de persistance du virus au moment d'une biopsie très postérieure à l'exposition permet d'infirmer tout lien entre autisme et ROR". En l'occurrence, rappellent les représentants de la NAA, "les questions auraient dû être les suivantes : des enfants au développement parfaitement normal peuvent-ils développer des problèmes gastrointestinaux puis présenter une régression de nature autistique à la suite du ROR ? Présentent-ils des signes de présence du virus de la rougeole et de pathologie du colon contrairement à des enfants témoins non vaccinés et appariés en termes d'âge et de sexe ?"
Dans l'étude Hornig, souligne la NAA, "seul un petit sous-groupe d'enfants présentait le phénotype approprié pour cette étude". Seulement cinq des 25 sujets avaient été en effet vaccinés avant l'apparition des symptômes gastrointestinaux, et présenté des symptômes gastrointestinaux avant l'apparition des symptômes autistiques. "Les vingt autres enfants autistes de la cohorte souffraient de problèmes gastrointestinaux antérieurs à la vaccination ROR", rappelle la NAA. "En outre, tous les sujets témoins avaient reçu le vaccin ROR et souffraient de problèmes gastrointestinaux. Pour permettre une comparaison pertinente, les témoins auraient dû ne pas avoir été exposés au virus de la rougeole du vaccin".
Andrew Wakefield, dont les recherches menées en 1998 avaient initialement identifié un type particulier d'inflammation intestinale chez un pourcentage significatif d'enfants ayant développé l'autisme après le vaccin ROR, s'est exprimé en ces termes : "la recherche des "empreintes" du virus de la rougeole dans les intestins est fondée, sachant les résultats d'études antérieures et l'existence d'une pathologie intestinale chez ces enfants. Cette nouvelle étude n'exclut qu'une hypothèse, celle que le virus de la rougeole doive persister durablement dans les intestins. Il faut envisager que le vaccin ROR puisse déclencher l'autisme de manière ponctuelle et accidentelle, sans nécessairement laisser derrière lui une trace du virus de la rougeole".
"Lack of association between measles virus vaccine and autism with enteropathy: a case-control study" (absence d'association entre vaccin antirougeoleux et autisme et entéropathie associée : étude avec groupe témoin), M. Hornig, T. Briese, T. Buie, M. L. Bauman, G. Lauwers, U. Siemetzki, K. Hummel, P. A. Rota, W. J. Bellini, J. J. O'Leary, O. Sheils, E. Alden, L. Pickering et W. I. Lipkin, PLoSONE, 4 septembre 2008 (édition en ligne). Adresse : mady.hornig@columbia.edu.
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"CDC misses target with flawed MMR/autism study" (le CDC manque son objectif en produisant une étude biaisée sur le ROR et l'autisme), communiqué de presse, National Autism Association, 3 septembre 2008.
"Autism researchers comment on new study and welcome the affirmation of previous measles findings" (des chercheurs travaillant sur l'autisme commentent une nouvelle étude en prenant acte de la confirmation de précédents résultats sur le virus de la rougeole), communiqué de presse, Thoughtful House, septembre 2008.
Traduit par é.t.i.c
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