ARRI Vol. 20, No 3, 2006
Éditorial du Dr Bernard Rimland
Effets secondaires/efficacité : pour la FDA, les intérêts de l'industrie pharmaceutique priment sur ceux des patients
Le Dr Rimland était très préoccupé de voir la médecine conventionnelle privilégier des médicaments potentiellement dangereux pour masquer les symptômes de l'autisme, plutôt que d'en traiter les causes sous-jacentes. Il a rédigé cet éditorial peu de temps avant de nous quitter.
S'il était besoin de définir l'expression "attitude ambiguë", il suffirait de rechercher dans un dictionnaire l'entrée "Food and Drug Administration"*.
En octobre 2006, la FDA a approuvé le recours au Risperdal (rispéridone) pour le traitement de l'agressivité ainsi que d'autres symptômes chez l'enfant autiste. Un porte-parole de la FDA a annoncé que cette approbation - basée sur deux études menées pendant huit semaines - "aiderait de nombreux enfants autistes ainsi que leurs parents et éducateurs".
Comment la FDA en est-elle arrivée à cette conclusion ? Tout simplement en ignorant les preuves scientifiques des effets secondaires terribles de la rispéridone et en refusant de reconnaître que des traitements non médicamenteux sont tout aussi efficaces tout en ne présentant quasiment aucun risque. Mais peut-on s'attendre à autre chose de la part de la FDA ?
Une pilule miracle ou un médicament engageant le pronostic vital ?
La rispéridone est le premier médicament approuvé pour l'autisme, même si les médecins traitent d'ores et déjà les enfants autistes avec un énorme arsenal de psychotropes, d'antidépresseurs, et de médicaments contre l'hyperactivité avec déficit d'attention. Alors qu'est-ce qui rend la rispéridone si spéciale ?
La rispéridone allège souvent les symptômes autistiques et est d'ailleurs à ce titre plus efficace que les autres psychotropes, ce qui vaut la peine d'être souligné ! Mais voyons dans le détail ce qui arrive aux enfants sous rispéridone pendant plus de 56 jours - la durée que la FDA a jugée suffisante pour étudier les effets d'un médicament puissant sur des enfants dont certains n'ont guère plus de cinq ans. Voici simplement quelques uns des risques présentés par ce médicament :
- diabète de type II : une récente étude (Lambert et al., 2006) a révélé que chez les patients schizophrènes, la rispéridone augmente de 60% les risques de voir se développer un diabète de type II, maladie potentiellement mortelle et pouvant entraîner la cécité ou la perte de membres ;
- syndrome métabolique : le "syndrome métabolique" est une expression utilisée par les médecins pour regrouper un ensemble de symptômes tels qu'une prise de poids abdominale, des niveaux de cholestérol et de triglycérides anormaux, une élévation de la tension artérielle, une résistance à l'insuline, ainsi que d'autres changements biochimiques anormaux ; de tels symptômes présentent un danger, car les patients sont menacés de diabète, de maladie cardiaque ou d'attaques ; une récente étude (Yumru et al., 2006) a démontré que le risque de syndrome métabolique était sensiblement plus élevé chez un groupe de patients bipolaires sous rispéridone que chez un groupe de contrôle ne prenant pas ce médicament ou d'autres "antipsychotiques atypiques" similaires ;
- risques d'attaques chez les patients plus âgés : en 2003, la FDA a demandé que les médecins soient informés de ce risque pour la rispéridone et autres médicaments de même type ;
- prises de poids massives : les enfants et adultes sous rispéridone peuvent présenter des prises de poids massives en un temps record, jusqu'à 25 kilos en quelques mois ;
- tumeurs pituitaires : une récente étude (voir l'ARI 19/3) a mis en évidence chez 48 patients sous rispéridone des tumeurs pituitaires bénignes ; ces résultats sont cohérents avec l'association bien connue entre la rispéridone et l'hyperprolactinémie, dans laquelle un excès de sécrétion hormonale de prolactine pituitaire entraîne des symptômes tels que la sécrétion lactique chez les hommes (les tumeurs pituitaires sont l'une des causes de l'hyperprolactinémie).
Mais peut-être cela ne suffit-il pas ? Parmi les autres effets secondaires de la rispéridone, citons encore les nausées, les vertiges, l'insomnie, l'anxiété, les raideurs ou douleurs musculaires, l'abaissement de la tension artérielle, les fièvres, la confusion mentale, les irrégularités du pouls, les transpirations, les diarrhées ou constipations, les brûlures et douleurs d'estomac, l'agitation, les crises d'épilepsie, les sensations de faiblesse au niveau du bras ou des jambes, les difficultés pour déglutir, les irritations cutanées, des saignements inhabituels ou l'apparition de bleus, le jaunissement de la peau, l'augmentation de la salivation, les érections douloureuses (par ailleurs dangereuses et susceptibles de nécessiter une opération). A l'instar de nombreux autres médicaments psychotropes, la rispéridone présente par ailleurs un risque de dyskinésie tardive, trouble neurologique induisant des mouvements incontrôlés de la bouche, du visage et du tronc. Il peut également dans certains cas entraîner un syndrome neuroleptique malin assorti d'une hyperthermie parfois fatale.
Le rapport effets secondaires/efficacité
Posons-nous maintenant la question qui s'impose : connaissant cette liste interminable d'effets secondaires désagréables, dangereux voire mortels, la rispéridone présente-t-elle un rapport effets secondaires/efficacité acceptable ?
Dans le formulaire Q34 de l'Autism Research Institute, nous demandons aux parents d'évaluer l'incidence de différents traitements médicamenteux et non médicamenteux sur le comportement de leur enfant. Force est de constater que la rispéridone l'emporte sur tous les autres traitements médicamenteux avec un rapport amélioration/aggravation de 3:1 (la Ritaline, en comparaison, présente un rapport 0,7:1, ce qui signifie qu'elle fait souvent plus de mal que de bien).
Mais cela fait-il pour autant de la rispéridone un médicament miracle ? Pour y voir plus clair, considérons-la à la lumière d'autres traitements non psychotropes et éprouvés, en reprenant les données recueillies au moyen de ce même formulaire Q34 :
RAPPORT AMELIORATION/AGGRAVATION
Ces chiffres ébranleraient la FDA, si seulement celle-ci se donnait la peine de les considérer. La rispéridone demeure à la traîne et ne s'en tire guère mieux que le Pepcid, acidoréducteur en vente libre. Sur le plan du rapport efficacité/effets secondaires, les vitamines et autres nutriments ainsi que les régimes, l'emportent haut à la main sur la rispéridone.
Et ce que les chiffres du formulaire Q34 ne montrent pas, c'est que les améliorations constatées par les parents qui recourent à ces traitements (en particulier lorsque les doses sont optimales) sont souvent stupéfiants. Alors que la rispéridone permet tout au plus de juguler certains symptômes tout en en créant d'autres. Les traitements non médicamenteux, en revanche, peuvent avoir des résultats considérables, voire permettre la guérison dans des cas de plus en plus nombreux.
Ces traitements présentent en outre une efficacité élevée avec un risque quasiment nul. Dans plus de 20 études menées sur la B6 avec ou sans magnésium, par exemple, aucun effet secondaire sérieux n'a été signalé. Le décès d'un enfant initialement imputé à une chélation s'est avéré résulter d'une erreur médicale sans rapport avec le traitement proprement dit. Quant aux vitamines, minéraux, acides gras oméga 3 et régimes, non seulement ils allègent en toute sécurité les symptômes autistiques, mais ils protègent également contre les maladies cardiaques, le diabète, le cancer, et les risques d'attaques cardiaques.
Suivez l'argent
Que comprendre alors de l'attitude ambigüe de la FDA, de son empressement à approuver des médicaments tels que la rispéridone tout en décourageant les parents d'essayer des approches non médicamenteuses réputées sûres ? Posez la question au Dr David Graham de la FDA qui, après avoir vendu la mèche en donnant l'alerte sur les dangers du Vioxx, avait subi une campagne d'intimidations et de menaces de la part de la FDA. "Dans sa configuration actuelle, la FDA n'est pas en mesure d'apporter les garanties nécessaires au public américain", avait-il déclaré. "La FDA a avant tout à c�ur de préserver les intérêts de l'industrie, qu'elle considère comme son client, or un client est quelqu'un dont vous vous devez de défendre les intérêts".
La FDA protège les intérêts des firmes pharmaceutiques de deux manières. La première en approuvant des médicaments sans quasiment aucune vérification des dangers et du rapport efficacité/effets secondaires, en basant ses décisions sur les études biaisées des firmes pharmaceutiques qui gonflent la présumée efficacité de leurs produits tout en en masquant les dangers. La seconde consiste à juguler la concurrence en traitant la nutrithérapie, et les consommateurs qui y recourent, comme "l'ennemi".
Grâce au Dr Graham et à un nombre croissant de détracteurs de la FDA, le Congrès commence finalement à prendre conscience de la corruption de la FDA. Mais connaissant la générosité des firmes pharmaceutiques envers la FDA et les politiciens, il est toutefois naïf de s'attendre à de grands changements. Le mieux que nous puissions espérer, c'est que les citoyens, armés des informations qui circulent sur l'internet et de leur esprit critique à l'égard de la FDA et de ses "copains" de l'industrie, choisiront de plus en plus des traitements qui servent leurs enfants et non les intérêts des représentants des firmes pharmaceutiques.
*FDA : organisme officiel américain chargé de contrôler la qualité des aliments et de délivrer les autorisations de mise sur le marché pour les produits pharmaceutiques.
Traduit par é.t.i.c
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