Autism Research Institute

Autism Research Review International, 2001, Vol. 15, No. 4, page 3

Comportements automutilateurs et agressifs

Bernard Rimland, Ph.D.

Rien n'est pire pour un parent que d'être confronté aux comportements automutilateurs et agressifs de son enfant. Assister à ces comportements, y penser, en parler est pénible, mais ils existent et il faut y faire face et s'en occuper. A se frapper violemment la tête contre les murs ou le sol, des enfants se sont infligé des fractures du crâne, des décollements de rétine ou ont perdu l'ouïe. D'autres se sont cassé le nez, déformé les oreilles ou aveuglés à force de coups de poings ou de genoux. Certains enfants mordent, se mordent, frappent les autres enfants ou leurs parents au point de se faire des fractures.

En présence de tels comportements, la première étape consiste à essayer d'en comprendre les causes. L'enfant souffre-t-il, est-il frustré ? Citons à ce propos le cas d'un enfant non-verbal qui s'était gravement automutilé entre 2 et 18 ans, jusqu'à ce que l'on découvre qu'il souffrait d'une mastoïdite très douloureuse. Il avait pourtant subi de multiples examens dont aucun n'avait permis de déterminer l'origine de ses douleurs intenses. Essayez de faire pratiquer un examen extrêmement fouillé par un médecin lui-même parent d'un enfant autiste ou handicapé pour savoir si le comportement de l'enfant est symptomatique de douleurs. Le Dr Tim Buie a par exemple trouvé un lien entre des comportements d'agression et d'automutilation et des douleurs gastriques.

Ces problèmes très graves ont fait l'objet de beaucoup de travaux approfondis et donné naissance à un certain nombre de méthodes et de traitements :

  1. Les méthodes de modification de comportement au moyen de renforçateurs positifs. Cette approche est naturellement souhaitable si elle marche, mais elle demeure dans de nombreux cas impuissante. L'Association for Persons With Severe Handicaps (TASH) s'est livrée à une synthèse des études consacrées à la question : il en ressort que les renforçateurs positifs sont efficaces dans environ 60% des cas. Nous nous soucions ici des 40% restants.
  2. Les méthodes aversives : ces méthodes ont par principe beaucoup de détracteurs, mais une commission d'experts du gouvernement s'est néanmoins penchée sur la question pour conclure à l'intérêt des méthodes aversives lorsque, et c'est souvent le cas, les renforçateurs positifs demeurent inefficaces.
  3. Les médicaments : de nombreux médicaments, dont depuis peu le Naltrexone, s'avèrent partiellement efficaces dans certains cas. La plupart des médicaments présentent aussi des inconvénients non négligeables.
  4. Les traitements biomédicaux : ces traitements qui visent à équilibrer la biochimie du corps par la nutrithérapie ou l'élimination d'éléments toxiques, tels que le mercure, ne sont que rarement envisagés.

Détoxication : le Dr Amy Holmes, qui a traité des centaines d'enfants autistes intoxiqués au mercure, fait état d'améliorations spectaculaires en termes de langage, d'aptitudes relationnelles et cognitives chez les jeunes enfants, ainsi que dans de nombreux cas, d'une atténuation sensible et très appréciable des comportements d'agression et d'automutilation chez les adolescents. Vitamine B6, magnésium et DMG (diméthylglycine) : au cours des 40 dernières années, j'ai constaté de très nombreuses améliorations spectaculaires chez des patients très agressifs ou qui s'automutilaient grâce à la nutrithérapie, et en particulier grâce à des doses élevées de B6, de magnésium et de DMG. J'ai d'ailleurs été surpris des améliorations obtenues chez des filles atteintes du syndrome de Rett et des garçons atteints du syndrome de l'X fragile, ainsi que chez des enfants présentant un syndrome d'Angelman. Quelques exemples :

Cas 1 : Anthony, jeune anglais de 18 ans, était violent au point d'avoir dû intégrer une institution. Là, il avait cassé sept fenêtres en trois minutes et essayé d'agresser des femmes sexuellement, ce qui avait nécessité des mesures de contention. Les médicaments demeurant sans effet, sa mère, présidente d'une association dédiée à la recherche sur l'autisme au Royaume-Uni, m'avait demandé de l'aide. Je suggérai alors de fortes doses de vitamine B6 et de magnésium. Le résultat avait été spectaculaire. Le lendemain d'un voyage en train durant lequel ses parents avaient omis d'emporter ses vitamines, il avait fait une rechute pour redevenir la " bête féroce " d'antan. Invité un jour à intervenir dans la structure dans laquelle Antony résidait, j'eus l'occasion de le rencontrer et de faire le point sur son évolution avec le personnel : tous s'accordaient sur les remarquables améliorations constatées depuis qu'Antony prenait de fortes doses de B6 et de magnésium.

Cas 2 : j'étais invité il y a quelques années par le Dr Lilia Negron à participer à une conférence à Caracas au Vénézuela. Celle-ci me présenta et raconta le cas d'un jeune homme autiste dont la mère était venue la consulter en lui demandant en pleurs de l'aide pour son fils. Ce dernier était sur le point d'être renvoyé de son troisième hôpital psychiatrique : malgré des doses massives de médicaments, rien ne semblait pouvoir le maîtriser et sa violence ne permettait pas de le maintenir en milieu hospitalier. Le Dr Negron avait alors prescrit en dernier ressort de la vitamine B6 et du magnésium. Le jeune homme s'était rapidement calmé. Le Dr Negron lui avait récemment rendu visite dans sa famille. Elle avait alors trouvé un jeune garçon calme et agréable qui avait chanté pour elle en s'accompagnant de sa guitare.

Cas 3 : une mère me parle de son fils, réputé dans la région pour son comportement agressif et automutilateur que rien ne semble pouvoir arrêter. Son c�ur a tellement souffert des médicaments qui lui ont été jusque là administrés qu'une augmentation supplémentaire des doses lui serait probablement fatale. Le désespoir de sa mère est tel qu'elle en est arrivée à envisager sérieusement de le tuer et de se suicider. La situation lui est devenue par trop insupportable. Elle essaie alors la vitamine B6 et le magnésium qui donnent rapidement d'excellents résultats. La voilà soulagée, pourtant elle me rappelle environ un an plus tard : son fils recommence à s'automutiler. Je lui suggère alors d'essayer le P5P, une forme de vitamine B6 autre que le pyridoxine hydrochloride, susceptible d'être plus efficace. J'ignore si cela a aidé son fils car je suis depuis sans nouvelles. Ce serait intéressant de le savoir.

Cas 4 : à 18 ans, Michael pesait 90 kg ; il avait fracturé la mâchoire de sa mère et frappé son père au point que son état avait nécessité un arrêt de travail de plusieurs jours. La police était intervenue plus d'une fois lors de ces crises de rage. Ed Kitt, proviseur de son école à Las Vegas invita sa famille à me consulter. Je leur suggère alors d'essayer la vitamine B6 et le magnésium, ainsi que la DMG. Les résultats ont été tout simplement spectaculaires. Le comportement de Michael, complètement apaisé et très agréable, se maintient maintenant depuis plusieurs années. Il continue de prendre des doses massives de B6 et de magnésium (1500 mg de B6, 700 mg de magnésium), ainsi que 18 comprimés de DMG par jour. Son père reconnaît que ces compléments alimentaires sont coûteux, mais ne regrette en aucun cas ces dépenses. Le traitement est de toutes façons moins coûteux que les médicaments précédents, et certainement plus efficace et plus sûr pour son fils.

Syndrome de Rett : je reçois il y a quelques années un coup de fil d'une mère me racontant que sa fille adolescente, atteinte du syndrome de Rett, essaie de s'arracher les yeux et se frappe très violemment, au risque certain de se blesser. Je lui suggère d'essayer la vitamine B6 et le magnésium ainsi que la DMG. Quelques mois plus tard je reçois un appel enthousiaste de Kathy Hunter, présidente de la Rett's Syndrome Association, qui me raconte le cas d'une jeune fille atteinte du syndrome de Rett qui avait cessé de s'automutiler et dont l'état s'était considérablement amélioré grâce à la nutrithérapie. Elle me communique alors le numéro de sa mère que j'appelle : il s'agit de la mère qui m'avait contacté quelques mois plus tôt.

Syndrome d'Angelman: plusieurs mères ayant participé à un congrès de l'Angelman's Syndrome Association m'appellent pour me parler du cas d'un enfant atteint de ce syndrome, globalement très agressif, qui se frappait, griffait et mordait sa mère, et pour lequel la DMG avait donné d'excellents résultats. D'autres mères avaient également essayé la DMG avec succès. Je leur demande alors le nom du responsable national de l'association, un médecin, auquel j'écris en lui demandant s'il accepterait de participer à une étude sur les effets de la DMG sur des enfants violents atteints de ce syndrome. Il ne m'a jamais répondu.

Traduit par é.t.i.c